Parque Solar

Ouf, un peu de temps libre ici. On jardine à fond. On dresse des lombrics à fabriquer un bon compost qu’on filtre ensuite pour avoir un bon humus. C’est comme du couscous royal version plantes vertes. Je pense pas mal à ma mère car je me vois faire des gestes que je lui connaissais bien : désherber, balayer, tailler, porter la brouette, transporter de la terre, des branches, des sacs, des trucs, ratisser, arroser… Ça fait du bien d’être dehors tout le temps même si ça brûle.

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J’ai l’impression que je perçois le jardinage comme une autre voie d’exploration de la productivité. Ça me plaît bien. Les résultats sont rapides et gratifiants. Le boulot est physique mais accessible quand même. Juste assez dur pour se rendre compte qu’il vaut mieux bien savoir ce qu’on fait. Faire quelque chose de travers et devoir recommencer ou tout changer, c’est piteux/navrant/déplaisant/fâcheux. Je n’ai pas encore beaucoup de patience, mais, entre deux bouillonnements, je me dis que toutes les situations désagréables apportent une leçon corollaire (même si elle se limite à ne plus répéter l’erreur commise). Comme dirait Yann (notre fabuleux mentor en permaculture), “il y a assez d’imprévus imprévisibles pour qu’on puisse se passer des imprévus prévisibles”.

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Grâce au stage de permaculture, je suis attentive à plein de petites choses que je ne remarquais pas auparavant. Je mesure mieux l’étendue du travail accompli par notre hôte Jorge (qui construit son jardin depuis 10 ans et s’est intronisé professeur de permaculture avec un diplôme Youtube). Je réalise aussi qu’il fait des trucs en contradiction avec ce qu’on a appris. Par exemple il arrose en pleine chaleur, ou laisse les plantes fragiles dénudées au lieu de recouvrir le sol de mulch. Comme nous tous, il fait pas mal de choses en pensant que “c’est comme ça”, alors que ce n’est pas du tout productif. Ça me donne envie d’apprendre davantage pour être de plus en plus efficace au jardin. Il y a plein de points communs avec la dentisterie : observer, analyser, prendre soin des choses, se servir de sa tête puis de ses mains, avoir une ergonomie maximale (mettre l’atelier à 100 m du jardin, c’est pas cool Jorge, pas cool)… bien s’organiser quoi.

Justement, en ce qui concerne la remise en question du “c’est comme ça” et le pouvoir de l’expérience, j’apprends beaucoup grâce à Enrique, 34 ans, Mexicain de Tijuana, ancien patron de cybercafé et workawayeur avec nous. C’est un type étonnant qui estime s’être réveillé il y a 4 ans seulement : il a vu le film “Zeitgeist Addendum” et a brusquement ouvert les yeux sur le monde après 30 ans de réalité virtuelle. Il a commencé à se demander quel avenir il promettait à son fils de 7 ans, et a décidé d’entreprendre un voyage de 20 mois, en quête de la meilleure façon de construire un lieu de vie à la pointe de la technologie écologique, avec des compagnons qui ont tous lu Eckhart Tolle et vivent le “Moment Présent”. Une espèce de virage à 180° de ouf. Il voit l’éducation de son fils comme une ‘expérience’ : depuis tout petit il lui parle comme à un adulte, le laissant faire tous ses choix (y compris celui d’aller à l’école ou pas !), le responsabilisant sur tout, disant aux adultes sceptiques d’aller lui exprimer directement leurs inquiétudes sur son avenir pour mieux rire de leur déconfiture devant la maturité du gamin. Il est apparemment très confiant, sûr de lui, très lucide et sain… Dans sa classe dissipée et rebelle, il a inventé un jeu où, à tour de rôle, les enfants se racontent les actions gentilles dont ils ont été témoins. Ça a détendu l’atmosphère de façon spectaculaire. Terrible, n’est-ce pas ?

Parfois je me demande si c’est par hasard que je rencontre autant de jeunes impliqués dans une telle trajectoire. Soit j’ai des hallucinations positives à voir des signes de changement partout, soit il se passe vraiment un truc dans notre génération. Comme Google qui commence à présélectionner pour moi des pubs pour le bio ou le yoga. Non, je déconne, je sais que ça c’est les cookies. Mais quand même, plus le temps passe plus je rencontre des gens qui ont envie d’autre chose. Qui cherchent à profiter de leur vie plutôt qu’à reproduire un schéma d’endettement/consommation. Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression qu’il y a assez de convergences, entre ce que je lis et ce que je ressens dans tous les domaines, pour que l’entropie finisse par produire quelque chose de bénéfique. Question de temps…

Même si je suis loin d’avoir la foi. Je dis ça comme pour m’auto-encourager aussi. Ok pour une vie avec moins de pétrole, mais il y a quand même un moment où un coup de tondeuse serait un moindre mal pour nous consacrer à autre chose qu’à des heures de fauchage manuel et d’épandage d’herbe (ou “mulching”, pour qu’elle se décompose en compost utile au pied des arbustes). Envoie le broyeur Jojo ! J’ai aussi toujours envie de défoncer des pots de confiture de lait bien industrielle. Je suis vexée comme un pou quand notre hôte m’envoie à la cuisine parce que, supposément, je ne saurais pas me servir d’une visseuse (j’ai déjà vissé un implant dans la bouche d’un mort, vieux hibou, et maintenant tu dis quoi ?), et j’ai des palpitations quand j’apprends que je n’ai pas mis les 5 brouettes de terre enchevêtrée de racines au bon endroit et qu’il faut tout rapporter.

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A la fin de la semaine, on aura donc au compteur : réparation de la pompe hydrolique solaire (pour sortir l’eau du puit, arrosage 100% gratuit), réparation de l’ensemble du système d’irrigation (tuyaux textiles exsudants, hyper habile mais fragile…), du système de filtration de la salle de bain écologique (à eau froide pour l’instant mais à ce qui paraît ça fortifie), montage et installation de panneaux solaires… Peu de permaculture alimentaire mais grande percée dans le monde des énergies renouvelables !

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4 thoughts on “Parque Solar

  1. Bravo l’article Elise, et votre travail aussi ! J’ai bien ri à partir de la confiture de lait industrielle ^^
    Bon courage à vous pour la suite et bravo !
    Bisous

  2. J’adore le récit des travaux de jardinage, l’évocation de l’éducation du gamin d’Enrique, et votre enthousiasme pour la permaculture. Je dois avouer, voyant ta photo une main à la poche et une perceuse portée par l’autre main comme une ombrelle, que je comprends la tentative de Jorge de t’avoir confié des travaux de préparation culinaire… Et puis merci de m’avoir appris que je faisais du “mulching” sans le savoir en mettant de l’herbe au pied des artichauts ; moi qui ne croyais faire qu’un vulgaire paillage…

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