Traversée de l’Araucanie

On enchaîne volcans et lacs, la région de Los Lagos porte bien son nom. On passe quelques jours dans le parc naturel Conguillo, histoire de voir comment les motos tiennent sur piste ! Cailloux, boue, genoux, hiboux, pentes raides, tout passe avec quelques guidonnages mais pas de frayeur majeure. Je suis bien rassurée et Jérémy exulte de bonheur.

 

 

L’arrivée sur le Lago Llaima est tout simplement spectaculaire : l’eau est limpide (glacée), coincée entre trois volcans coiffés de neiges éternelles dont l’un crachote de la fumée comme un vieux sioux. Qu’à cela ne tienne, on plante la tente et on profite de ce spot de rêve pour s’adonner à quelques activités yogiques et photographiques.

 

Le lendemain, on part faire l’ascension du camino Sierra Nevada ; une bonne journée de marche qui nous vaut de revenir grillés comme des homards (encore une bonne blague du trou de la couche d’ozone).

 

Sans qu’on s’en rende compte, on se retrouve tout à coup en balade lunaire et on se demande si on n’est pas un peu haut perchés. Heureusement, l’eau magique du Lago Verde nous ramène sur Terre (ou presque).

 

 

 

En allant faire le plein à Villarica, 80 km au sud (mais en se perdant c’est toujours plus long), nous tombons sur un pompiste malin qui a trafiqué le compteur de la borne d’essence. Le coquin tente de nous filouter d’une dizaine d’euros et il aurait bien réussi son coup si mes gènes d’auvergnate n’avaient pas sonné l’alarme.

Sortis du parc, nous cherchons en vain un endroit libre d’urbanisation pour camper. La nuit nous rattrape et nous pousse chez Zorros en Ruta, tenu par un motard enthousiaste qui nous offre une ristourne et nous loge dans une cabane. À côté de son énorme Super Ténéré 1200 cc, les Domi ressemblent à des jouets pour enfants, mais nous le prenons bien.

 

Grâce à ses relations, nous trouvons enfin une opportunité pour rencontrer une communauté Mapuche. Ce peuple unique et irréductible résiste depuis le XVe siècle aux tentatives de subordination : ni les Incas, ni les conquistadors espagnols, ni le gouvernement chilien actuel n’ont eu raison d’eux. Persécutés par les gouvernements coloniaux du XIXe siècle, ils ont essuyé pendant 20 ans une succession de massacres qui a décimé leur population. La région de l’Araucanie a ensuite été partagée par des compagnies européennes (principalement allemandes et suisses), appelées par l’État chilien : “Venez, pour un prix dérisoire vous pourrez exploiter ces cinq millions d’hectares vides”. Pourtant les Mapuche n’ont pas plié : une grande partie d’entre eux vit toujours en Araucanie. Ils revendiquent férocement la restitution de leurs terres et dénoncent leur pollution et leur dégradation (les monocultures de pins et d’eucalyptus et la déforestation ont desséché la région). Leur réputation internationale de guerriers (voire même de “terroristes”!) les précédant, nous nous attendions à une entrevue courte et sèche.

Nous sommes donc introduits auprès de Rodrigo, la “cabeza” (la tête) de cette communauté. Quelle surprise alors de passer plus de 4h à discuter de spiritualité… Que les choses sont différentes quand on les vérifie par soi-même… Rodrigo nous présente les Mapuche comme un peuple hautement spirituel, très connecté aux éléments et au Cosmos. Ils ont le plus grand respect pour la Terre, perçue comme une richesse communautaire. La notion de possession, de propriété privée n’existe pas. Ils ont une économie d’entraide et d’auto-suffisance basée sur l’agriculture et l’artisanat. L’organisation est décentralisée : chaque communauté est représentée par une “cabeza”, ils n’ont pas de chef unique (sauf en temps de guerre). La transmission de leur culture est exclusivement orale et intergénérationnelle, basée sur la connaissance de soi et de la nature. Bien plus qu’une croyance, leur volonté de protéger la Terre et leurs traditions leur insuffle l’énergie nécessaire pour résister encore et toujours aux dégâts causés par le monde “moderne”. Cette dernière génération est condamnée à un embrouillamini de paperasses et de négociations foncières avec le gouvernement, alors que leur esprit vole bien plus haut. Un beau et triste moment de poésie qui illustre bien que la raison n’appartient pas aux plus nombreux…

Curieusement, le symbole du peuple Mapuche est similaire à celui porté sur le plateau de cette Ethiopienne de la vallée de l’Omo, photographiée par Jérémy en 2008… Un hasard 🙂 ?

 

 

4 thoughts on “Traversée de l’Araucanie

  1. Fabuleux paysages et magnifiques rencontres. Jolie croix portant des signes astrologiques comme chez les incas ; elle est certes moins impressionnante que la Super Tenere 1200 cc, mais elle doit être davantage en harmonie avec l’élévation spirituelle des Mapuches. Continuez à faire des découvertes de toutes sortes.

    1. Même si on regarde souvent les photos des régions où vous passez, c’est toujours moins beau que quand vous apparaissez dans le décor. Gare à ne pas chuter avec les « exaltations » à moto…

  2. Même si on regarde souvent les photos des régions où vous passez, c’est toujours moins beau que quand vous apparaissez dans le décor. Gare à ne pas chuter avec les “exaltations” à moto…

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