Ruta 40 (part 1)

22/02/17

Bajo Caracoles.

Hameau perdu au milieu du désert, c’est là que je suis arrivé en pleine nuit hier. Oliver avait déjà rencontré Juan Carlos, dont je reparlerai plus tard, et trouvé un camping gratuit. J’ai installé ma tente et me suis couché peu de temps après, épuisé par mon interminable journée.

Au matin, Oliver m’explique ce qui se passe dans ce trou perdu. La station essence/hôtel/épicerie est le seul commerce et profite de l’absence de concurrence pour pratiquer des tarifs prohibitifs. Ils n’ont même pas la délicatesse d’être sympas. Et ça, ça révolte Juan Carlos.

Juan Carlos est un ambulancier en fin de cinquantaine, affecté ici il y a deux ans, pour créer un dispensaire relais en cas d’incident. Vu le peu d’activité professionnelle journalière, il a décidé de s’ériger en justicier et a acheté, petit à petit, 3 terrains. Le premier lui sert à accueillir les campeurs gratuitement (contre 40 € pour une piaule de merde chez les autres…) ;

 

 

sur le second, il a aménagé une cabane avec électricité, cuisinière, petite table et chaises pour les campeurs, le tout également gratuit ; sur le troisième, il termine la construction d’une maison assez grande pour abriter 16 lits et 2 salles de bain communes, où les non campeurs pourront se poser pour 100 pesos la nuit (6 €). Il a aussi construit une autre petite cabane, au bord de la route, où il projette d’ouvrir une épicerie avec des tarifs propres à anéantir le monopole.

Juan Carlos nous a aussi ouvert les portes de son dispensaire pour que nous puissions nous laver et faire nos besoins sans avoir à payer les 10 pesos demandés à la station service pour l’accès aux chiottes.

Juan Carlos est un mec bien, une de ces personnes trop rares pratiquant au quotidien un altruisme authentique. Une belle rencontre.

 

 

C’est la fin de la matinée, nous décidons de passer une journée à nous détendre ici puisque c’est gratuit… Vérification de la moto, serrage des vis ébranlées par toutes les vibrations des pistes, changement des freins arrières, sérieuse mise à niveau de l’huile moteur et un bon coup de chiffon pour redonner ses couleurs à la belle.

Je pars à pied faire le tour du pueblo pour prendre quelques photos de ce décor de cinéma perdu dans la pampa.

 

 

 

 

Après mon petit tour, je vois arriver au loin un couple à moto. Ils voyagent sur un Ténéré, recouvert de stickers de tous pays, avec une plaque anglaise.

 

 

Je décide d’aller les voir et de transmettre les enseignements de Juan Carlos. Je fais donc connaissance avec Spencer et Kathy. Ils sont sud-africains mais vivent à Londres, ce qui explique la plaque anglaise. Il a 48 ans, elle 42 et ils ont le meilleur job du monde… Un contrat de 10 ans avec Discovery Channel pour couvrir tous les pays de la planète à moto et filmer leur voyage. Je suis sur le cul. Il est celui qui apparait à l’écran, elle est la camerawoman.

Je les invite à nous rejoindre au camping, ce qu’ils acceptent avec joie. Nous passons l’après-midi, la soirée et une bonne partie de la nuit à échanger nos histoire de voyages. Ils ont déjà couvert tous les pays d’Afrique. Ils ont des histoires toutes plus dingues les unes que les autres. Quelle vie… Spencer m’explique aussi tout un tas d’astuces quand il n’y a rien alentour et que tu dois te débrouiller avec ta moto défaillante. Il me raconte comment, en plein Sahara, il a crevé et continué à rouler pendant 200 km en ayant bourré son pneu avec ses vêtements… Que des contes de fée comme ça. Je suis fasciné. Il nous indique aussi tout un tas d’endroits remarquables découverts pendant leur traversée de l’Amérique du sud. Je me régale, je voudrais que cette nuit ne finisse jamais. Malheureusement mes paupières en ont décidé autrement et je me retire dans ma tente à contrecœur, trop épuisé pour continuer.

23/02/17

Ce matin nous préparons tous ensemble nos bagages et chargeons nos motos pour reprendre la route, chacun s’affairant à son rituel personnel. Il fait un temps magnifique, un temps à descendre vers le sud le sourire aux lèvres.

Décidément, Bajo Caracoles est plein de surprises…

 

 

La voici donc cette Ruta 40, en plein jour, offrant une étendue infinie, peu d’ombre et des vagues de chaleur qui entremêlent l’asphalte et le ciel sur l’horizon.

 

 

Mon pneu arrière a sérieusement besoin d’être remplacé et Puntas Arenas semble l’endroit où je pourrai trouver mon bonheur. Avant de partir, Spencer nous a dit que la partie de la Ruta 40 que nous voulons emprunter était fermée pour cause d’inondations et que plusieurs véhicules s’y étaient embourbés. Il y a aussi une grève à la raffinerie de la province de Santa Cruz ce qui rend aléatoire l’approvisionnement des pompes à essence.

Un peu de math. Mon petit réservoir de 16 L m’autorise environ 250 km. J’ai aussi pris un bidon de 5 L en plus pour les cas d’urgences (qui pourraient bien se présenter d’ici peu). Il faut donc bien calculer l’itinéraire. La cible, aujourd’hui, est Très Lagos, à 340 km d’ici par la 40, si elle est ouverte. Sinon, détour par l’est, ce qui nous rallonge de 150 km. Soit en tout 485 km. Je pose 2 et je retiens 1. La première station après Bajo Caracoles est à Gregores à 226 km (en gros, un plein) en espérant qu’elle soit approvisionnée. Ensuite, si la 40 est ouverte, tout va bien, on fonce. Si elle est fermée, détour de 260 km et là, je suis baisé. D’où l’utilité du bidon de 5 L. Voilà.

 

 

Le problème ne se pose pas, à Gregores la pompe est approvisionnée même si la queue fait le tour du pâté de maisons, ensuite, la Ruta 40 est ouverte, mais c’est de la piste contrairement à ce que dit la carte ; le désert défile sous nos yeux et tout se passe pour le mieux, même si nous commençons à sentir le fameux souffle patagon qui nous oblige à rouler penché. J’ai droit à  une petite montée d’adrénaline quand je perds le ressort de ma béquille,  j’ai cru que c’était ma chaine qui avait lâchée.

Nous trouvons sans peine un camping à l’abri du vent et terminons notre journée sur un délicieux plat de pâtes aux saucisses généreusement préparé par Oliver pendant que je trouvais une solution pour ma béquille.

 

 

24/02/17

Nuit calme et réveil ensoleillé. Oliver veut aller à El Calafate. Je lui dis que non, il y a un pèlerinage à El Chaiten avant. Petit détour donc (je commence à éprouver un plaisir malicieux à lui faire changer ses itinéraires…) pour aller se recueillir devant le majestueux Fitz Roy et sa fidèle aiguille le Cerro Torre. (magnifique film sur l’ascension de David Lama https://youtu.be/hlVvGR_huNU). Il bougonne, ne comprenant pas vraiment ma requête, mais se laisse une fois de plus persuader par mes arguments passionnés.

On range les sacs, on plie les tentes, on charge les motos (ça à l’air ballot comme ça, mais ça prend une heure et demie) et on décolle.

Une petite heure de route et déjà la majestueuse silhouette commence à se profiler à l’horizon. Bizarrement, même à 100 km/h, il se rapproche vraiment doucement.

 

 

Enfin El Chaiten, le temps est clair, la vue dégagée, parfait pour la photo de l’empereur sans son écharpe de nuages.

Un petit en-cas au pied de Sa Majesté, et nous reprenons la route, pour El Calafate cette fois, ce qui remplit Oliver de joie.

Nous croisons de plus en plus de Guanacos (lamas à pelage de gazelle) sur le bord de la route et leur comportement imprévisible nous vaut quelques coups de freins brutaux.

 

 

 

Nous arrivons sous un ciel gris et crachotant à El Calafate et, comme à notre habitude, nous commençons par chercher une station essence. La première que nous trouvons impose au bas mot une bonne heure de queue pour faire le plein. Qu’à cela ne tienne, c’est une grande ville, il doit y en avoir une autre. Oui, il y en a une autre à l’autre bout de la ville. Une heure et demie de queue… La flemme de refaire le trajet inverse… Nous prenons notre mal en patience sous le crachin patagon et un petit vent humide qui, dans l’immobilité, annihile toute envie d’exploration. Une fois le plein fait, nous commençons à chercher l’ami que nous a recommandé Juan Carlos de Bajo Caracoles. À l’aide du petit flyer qu’il nous a laissé, nous comprenons qu’il se trouve de l’autre coté du golfe en face de la ville. Bien.

 

 

Nous nous mettons d’accord sur le trajet et zou ! C’est parti. Ou pas. La moto d’Oliver ne démarre pas. Plus de batterie. Il a des câbles. Je décharge ma moto (sous la pluie), dévisse mon aile pour accéder à ma batterie, je branche les câbles, et hop, elle démarre !

Je recharge mes sacs, reficelle tout bien comme il faut, lui aussi et… sa moto cale. Je commence à perdre un peu patience, lui dit que, en seconde, si je le pousse, il devrait démarrer, mais nous sommes sur l’artère principale, le sol mouillé et l’absence de pente rend l’exercice difficile. Je re-décharge, re-câble, lui dit de garder le starter haut et remballe tout.

Du coup, il veut trouver un garagiste, là, tout de suite. Nous demandons à la station et il nous conseille un type à l’entrée de la ville. Je tiens à préciser, pour la gloire, qu’Oliver ne parle pas un mot d’espagnol et que je suis donc traducteur officiel dans ce merdier. La pluie s’est arrêtée, nous trouvons l’adresse sans trop de soucis, mais le gars nous annonce qu’il doit y avoir un problème électrique car la batterie ne se recharge pas lorsque le moteur tourne.

Ok. Combien ça coute ? Combien de temps ? Ah ben là, il part en weekend pendant 5 jours parce qu’il y a, selon lui, un jour férié. Je lui demande une solution alternative. Il est le seul de la ville à s’occuper des gros cubes. Il regarde ma moto au passage et lance un « que buena moto la Dominator, que es indestructible ! » et je souris en insistant sur les solutions. On peut toujours recharger sa batterie sur la mienne et une fois pleine il devrait tenir 500 km sans phare. Super. Merci. Bon weekend.

Nous nous dirigeons vers notre destination un peu au hasard car la colline où elle se trouve n’offre que peu d’indications et mon téléphone ne capte pas, donc pas de GPS. Je finis par demander mon chemin dans un hôtel perché sur les hauteurs et après des explications confuses… Nous nous perdons encore une fois. Il commence à faire nuit. Je retourne à l’hôtel dans l’espoir d’un complément d’informations, et, finalement, Carlos, l’ami de Juan Carlos, qui nous a vu passer de loin arrive à moto pour nous accompagner chez lui. Soulagement.

Il nous accueille à bras ouverts, c’est un motard. Nous lui expliquons nos galères et il commence à passer des coups de fils qui malheureusement n’aboutissent à rien. Nous avions trouvé le bon garagiste dès le début. Il a cependant un chargeur de batterie à disposition et nous invite à mettre les motos au garage après que nous ayons monté nos sacs dans les chambres.

L’endroit est cosy et nous dinons en compagnie d’un anglais et d’une allemande qui voyagent aussi à moto. Il a commencé son voyage il y a deux ans, ça devait durer 3 mois…

 

 

Un coup d’œil à la ville illuminée de l’autre côté du golfe, une bonne douche, une nuit calme et un sommeil profond.

 

 

25/02/17

Petit déjeuner en discutant avec le couple anglo-teuton. Puis, vers le milieux de la matinée, débarque un français à moto. Carlos lui indique ma nationalité et il vient donc vers moi pour entamer une discussion stérile émaillée de plaintes. Il a une quarantaine d’années, vient d’Orléans, travaille à la poste, pas très grand, rouquin, rond et dégarni avec un bouc de félon et des yeux bleus globuleux qui semblent éternellement mécontents. Son discours affiche un profil de beauf satisfait de lui-même et jamais des autres. Je coupe court à la conversation sans même prendre le temps de lui demander son nom. Nous l’appellerons Dédé pour la suite des évènements.

Oliver passe la matinée à trifouiller son engin en espérant comprendre, sans grand succès, ce qui ne fonctionne pas tout en subissant les conseils pesants et négatifs de notre Dédé national…

 

Il y a un problème électrique, mais nous n’avons pas les outils pour le diagnostic. Oliver me jette des regards inquiets quant à la présence de Dédé qui semble croire que nous sommes ses nouveaux compagnons de route…

Vers  midi je lui propose d’aller voir le glacier Moreno. Moue désapprobatrice, mais il ne faut que quelques photos et un discours enthousiaste pour le convaincre. Je deviens bon à argumenter avec le teuton….

En route donc pour le glacier. Après une quarantaine de kilomètres nous arrivons sur un parking où il nous faut prendre une navette pour aller voir la bête. 10 minutes plus tard, nous voici devant le mastodonte. Grandiose ! Je suis impressionné par la taille du glacier et la sensation de puissance qui s’en dégage. Je suis à une centaine de mètres d’un mur de glace couronné de dents aiguisées, d’un bon kilomètre de large sur 80 mètres de haut, plongeant dans une eau turquoise qui me donne des frissons quand je pense à sa température… Je suis hypnotisé. C’est gigantesque, je prends des photos sans vraiment savoir par quel bout le capturer ; j’ai la bouche entrouverte sans vraiment pouvoir parler. Je vais passer 2 heures à essayer de trouver le bon angle, la bonne lumière, le bon moment.

 

 

 

 

Retour chez Carlos, je graisse et retend ma chaine, vérifie mon huile, mets un petit coup de chiffon sur la Guachita et rentre au bercail pour savourer le délicieux plat de pâtes aux saucisses concocté par her koch en prenant grand soin d’éviter Dédé. Un petit film et une nuit calme au rythme du silence de la colline.

26/02/17

Grasse mat’ jusqu’à 9 heure, je descends prendre le petit dèj’ et Carlos m’annonce qu’il va y avoir une éclipse. Il me demande si je saurais la prendre en photo d’un air un peu provocateur… L’exercice me plait, je joue le jeu.

 

 

Dédé débarque et commence à m’expliquer comment je dois faire… Carlos intervient, avant que j’aie le temps d’être désagréable, en lui expliquant que c’est mon métier et que je sais ce que je fais. S’ensuit alors une flopée de questions sur la manière dont fonctionne son petit compact, acheté sur le bon coin, et dont il a très fièrement descendu le prix de 40€. Je réponds évasivement, prétendant mon incompétence sur ce genre d’appareil, ce qui a pour effet de le rassurer et de le tenir occupé à essayer de comprendre son jouet.

Je leur offre donc une interprétation de l’éclipse et une photo d’El Calafate prise à la lumière de l’éclipse.

 

 

 

Après avoir rempli mon contrat, nous mettons les voiles vers Torres del Paine, un des plus beaux parcs nationaux du Chili. Cependant, c’est la haute saison et les échos des gens qui y sont passés sont empreints d’une petite déception due à l’affluence qui va jusqu’à faire déborder tous les camping. On m’a même parlé de faire une réservation deux à trois semaines à l’avance ; ben là, c’est trop tard… On verra. Il est 13 heure. Nous chargeons les motos en gardant un œil sur Dédé qui est prêt à partir, mais qui ne part pas.

– Vous allez à Torrès là ?

– Euh… Oui, enfin il est possible qu’on zigzague un peu pour explorer.

– Super ! On va se tirer la bourre sur la 40 !

Angoisse. Oliver vient me voir discrètement et me demande si le crazy french guy va venir avec nous. Je lui réponds qu’effectivement, c’est ce qu’il à l’air de croire, mais de ne pas s’en faire, nous trouverons un moyen de nous en débarrasser.

– Allez les filles, faut s’activer !

La moutarde monte…

Retour sur ma chère et monotone ruta 40. Carlos nous a mis en garde : il ne faut pas prendre « l’ancienne » ruta 40 qui est apparement un enfer de piste. Du coup on est tenté, d’une part pour semer Dédé, et d’autre part parce que prendre la route goudronnée rallonge de 150 km le trajet jusqu’à la prochaine station. Malgré nos efforts pour la trouver nous ne parvenons pas à comprendre où y entrer. Quelques arrêts pour prendre le paysage en photo et Dédé nous dit :

– Y’a un mirador à 500 m pour les photos.

– Vas-y, on te rejoint. Moi j’aime bien avoir des photos un peu différentes de tout le monde.

– Ok, à tout de suite.

 

 

C’est l’ouverture. Regard complice avec Oliver qui à bien compris ce qui se passe. Hochement de tête, clin d’oeil, on redémarre et on bombarde. Nous passons devant le mirador truffé de motards et continuons à fond de cinquième pour laisser notre Dédé se faire de nouveaux amis. Pas très classe, mais c’est la loi de la route.

Nous prenons donc nos 280 km d’asphalte, de vent latéral froid et de poussière jusqu’au premier plein. Une pompe à un croisement perdu au milieu du désert avec un chien qui nous accueille à grand coup de léchouilles !

 

 

Les vitres de l’office sont couvertes de stickers et la station semble abandonnée.

 

 

Ce serait bien compliqué pour moi dans ce cas là, car j’ai utilisé ma réserve et une partie de mon bidon de secours. Au bout de quelques minutes et quelques coups de klaxon, nous voyons sortir d’une petite cabane sur le côté un homme semblant se réveiller. En même temps, il n’y pas grand chose d’autre à faire dans un endroit comme ça… Il nous fait signe qu’il arrive et disparait dans une espèce de cabane pour actionner un mécanisme qui fait siffler la pompe à côté de moi de manière étrange. Je descends de ma moto et m’écarte le temps qu’il arrive. Au cas où…

  • Completo ? Tarjeta o effectivo ? 
  • Ahaha, t’as une machine à carte ici, toi ?

Il rigole. Résrvoir remplit, je remarque que le prix de l’essence augmente de quelques centimes à chaque nouveau plein depuis le début de la carretera austral… Frais d’acheminement j’imagine. Le vent froid ne cesse d’agresser mes mains déjà gelées mais la frontière n’est plus qu’à 60 km et Torres del Paine juste derrière. Il est 17 h ; ça devrait le faire même si le vent nous ralenti beaucoup. Enfin la frontière, où je m’empresse de me mettre à l’abri d’Éole et de ses rafales glaciales incessantes. J’ai les mains bleues lorsque je présente mes papiers à l’officier des douanes qui m’accueille avec un sourire compatissant, mais qui semble très occupé par la série qu’il continue de regarder après avoir pris mes documents. Quelques minutes se passent avant qu’il ne daigne s’occuper de mes tampons. Je ne lui en veux pas, je sais ce que c’est…

 

 

Formalités remplies, il n’est pas loin de 19 h ; encore une bonne heure de route avant d’arriver à destination. Le froid se fait de plus en plus froid et il devient difficile de penser à autre chose. Je prends mon mal en patience et tâche de profiter du paysage qui s’offre à moi. À chaque fois que je passe la frontière pour aller côté chilien, je suis surpris par le changement de décors. Comme si la Cordillère jouait à peindre le désert en vert dès qu’on la traverse.Puis, après moult virages et collines, apparait la fameuse montagne.

L’entrée dans le parc coute 28 000 pesos + 8 000 pour la moto (50€) pour 3 jours, sans compter le prix du camping. C’est cher. Il n’y a personne à la barrière. Je suis congelé… Je passe entre la barrière et le poste sans même réfléchir sous le regard outré d’Oliver… qui me suit contre toute attente ! Décidément mon compagnon de route aux mœurs strictes et à la droiture exemplaire n’arrête pas de me surprendre. Le Torres del Paine apparait sous une lumière dorée de fin de journée. Sa silhouette est couronnée d’un nuage aux allures d’auréole qui lui confère une dimension mystique.

 

Nous arrivons à un accueil touristique où on nous demande si nous avons une réservation pour un des campings du parc. Non. Nous n’avons pas de réservation. Compliqué nous dit le jeune homme ; il passe un coup de fil et raccroche avec un sourire de vendeur satisfait. Il reste quelques places au camping à l’entrée du parc.

– Vous le trouverez sur la carte que l’on vous a donné à l’entrée lorsque vous avez pris vos billets.

– Oui, oui, on va regarder, merci…

Retour vers l’entrée où nous trouvons le camping — en même temps il n’y a qu’une route ce serait dur de le louper. Jolie vue sur le Torres. Il y a effectivement pas mal de monde déjà sur place. Nous montons les tentes et je m’empresse d’aller chercher des bières et des cacahuètes à l’accueil, parce que j’ai besoin d’une récompense après cette glaciale journée. Tentes montées, bagages défaits, je peux enfin poser mes fesses sur un morceau de pelouse, savourer ma bière et grignoter mes cahuètes en contemplant le Torres del Paine pendant qu’Oliver se réjouit à l’avance des pâtes aux saucisses émincées sauce ketchup qu’il est en train de nous préparer.

 

 

Nous discutons avec un couple tchèque qui voyage aussi à moto et qui nous dit que les trekkings sont surchargés et se font à la queue leu leu. Nous étudions un peu la carte des lieux et trouvons un itinéraire à moto qui semble faire un grand tour dans le parc à défaut de faire les trekkings.

Un groupe de jeunes troubades à décidé de faire la fête et de laisser la musique à fond jusqu’à 2 h du matin sans se soucier des autres campeurs. Ça ne semble gêner personne donc je ne prends pas la peine de faire le rabat-joie et m’endors au son des cadences électroniques.

4 thoughts on “Ruta 40 (part 1)

  1. Excellent reportage ! Les portraits des personnages de rencontre sont bien dressés, les mésaventures sont racontées avec humour. Le tout se lit avec beaucoup de plaisir. Vivement la suite !

  2. J’ai beaucoup aimé ton récit. Belle façon de nous faire participer à tes aventures. Continue à nous raconter ce que tu vis.

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