Mantagua-Santiago

18/11/17 Mantagua, Chile

Levé vers 8 h 30, je monte prendre le petit déjeuner avec Javi. Elle est calme, elle me dit qu’elle n’a pas bien dormi, les souvenirs de Polo ne cessant de se substituer au sommeil. 14 ans de vie commune. Elle a passé une bonne partie de la soirée avec lui hier pour lui faire ses adieux. Je ne peux qu’imaginer ce qu’elle ressent. Le vétérinaire arrive vers 9 h 30. Il est doux et rassurant. Polo est allongé sur le porche des parents de Javi. Il lui injecte ses derniers moments. Javi et Anita sont agenouillées à ses côtés. Le véto leur explique que son cœur va doucement s’arrêter de battre sans douleur aucune. Javi fond en larmes en serrant Polo dans ses bras tremblants. Anita laisse à son tour sortir ses larmes en prenant sa fille dans ses bras. Le visage impassible de Patricio laisse malgré tout rouler quelques larmes. Je me tiens un peu à l’écart afin de respecter leur intimité.

Un trou a été creusé près d’un arbre, entre la maison des parents et celle de Javi, pour accueillir le corps du fidèle gardien. Nous l’enveloppons dans un rideau qui fera office de linceul et allons le déposer dans sa dernière demeure. Javi dépose une dernière caresse sur son museau, collecte quelques objets, chargés d’anecdotes qu’elle m’a contées la veille, les dépose près de son compagnon et sourit en le remerciant silencieusement d’un hochement de tête. Elle se relève et vient vers moi les yeux encore humides et les lèvres tremblantes. Je lui ouvre mes bras. Elle sanglote et me dit que nous allons passer à Viña chercher de la chaux et des fleurs si je veux bien l’accompagner. Bien entendu.

Elle se reprend, sourit et me dit que c’est bien, qu’il ne souffre plus et qu’il est en paix. Je lui souris en retour.

Nous partons en ville, passons chez Sodimac (Leroy Merlin local) acheter la chaux et faisons une petite pause renseignements téléphoniques pour savoir où en est mon bagage égaré censé arriver dans la matinée. Javi monte un peu dans les tours avec son interlocutrice qui semble incompétente en matière d’informations. Chou blanc. Nous réessaierons plus tard. Au retour vers Mantagua, nous nous arrêtons pour choisir des fleurs.

Le violet, l’orange et le jaune orneront le monticule de terre.

19/11/17  Mantagua, Chile

Javi part ce matin travailler à Santiago, ses parents l’accompagnent car ils vont voter pour le premier tour des présidentielles. Je reste donc à la maison sans voiture, avec le chat, la terrasse, le frigo et le soleil. On sait où cela mène… Je passe ma journée à regarder les épisodes de séries que je n’avais pas vus en entrecoupant de pauses soleil, pauses grignotage, pauses câlin avec le chat, pauses écriture, pauses de pauses…

Bref, pas violente la journée.

20/11/17  Santiago, Chile

6 h 30. Je vais rejoindre toute la famille à Santiago ce matin. C’est un peu le parcours du combattant mais c’est aussi un moment de vida local. Je prends un premier bus « de quartier » qui m’emmène à Viña. Il est 7 h 15. Il est blindé de monde mais, rempli de curiosité, je me mêle à la masse des voyageurs composés de chiliens, d’ouvriers haïtiens et de quelques européens. Tous se rendent apparemment au travail comme un lundi matin. Ils n’ont pas l’air plus heureux que les usagers du métro parisien aux même horaires, ce doit être international…  Même le chauffeur est à l’étroit.

Arrivé au rond-point de Concon (mi-chemin de Viña) le bus se vide de moitié. Je prends place au fond (on ne se refait pas) et profite de la fin du trajet pour  écrire.

Je change de bus à Viña, beaucoup plus classe cette fois, il a deux étages et seulement des places assises. Les gens sont plus détendus.

Une heure et demie plus tard, me voici au terminal de bus de Santiago. Javi m’a laissé l’adresse de sa sœur où je dois les retrouver. Station de métro. Escalator. Bip. Fermeture des portes. Proxima estacion : Universidad católica. Escalator. Ismael Valdés Vergara 296 depto 12. Anita vient m’ouvrir. Elle me tend les bras avec son magnifique sourire habituel et m’invite à entrer. L’appartement est sublime malgré une déco un peu kitsch et vieillotte. Il date des années 50 et doit bien faire dans les 200 m2. Un peu grand à mon goût pour y vivre seule comme le fait la sœur de Javi.

 

Patricio m’attend de pied ferme pour la chasse au pneu (au singulier, je ne cherche qu’une roue arrière). Nous nous lançons donc tous les deux vers le quartier de la moto, la avenida de junio.

C’est un peu comme si j’arrivais chez Leroy Merlin, mais sur toute une avenue dédiée à la moto. L’endroit où je pourrais passer une semaine… Pourtant, après une bonne dizaine de magasins, personne n’a ce que je cherche. Pneu arrière Heidenau K60 (la qualité haaalleuuumande). Je finis par me rabattre sur le Metzeler Sahara parce que j’ai sympathisé avec le vendeur et qu’il accepte de me faire une facture de la moitié du prix, ce qui pourrait arranger mes affaires à la frontière argentine où l’on peut me demander jusqu’à 50% du prix d’achat en taxe douanière pour tout produit importé.

Pneu, check.

De retour dans le centre nous allons manger un morceau dans un “bistro y café” qui n’a de bistro que le nom mais ça fait plaisir aux parents. Je pars ensuite me balader dans la ville en solo en attendant que Javi revienne du boulot à 18 heure. Je commence par aller chez Movistar (opérateur téléphonique chilien) pour leur demander pourquoi la puce que j’ai ne fonctionne plus alors que je l’ai réactivée depuis deux jours. L’hôtesse tripote son clavier intensément en gardant les sourcils froncés tout le long de la procédure. Elle ne comprend pas. La puce s’affiche bien comme activée. D’un coup, en voyant ma mine désabusée, elle me demande d’où vient le téléphone.

— De France.

— Oui, c’est un iPhone 8.

— Oui, il est désimlocké.

— Ah, il y a une loi qui est passée il y a un mois disant que les téléphones étrangers doivent être homologués par le fournisseur d’accès pour pouvoir fonctionner ?

— Et en plus je peux faire l’opération au guichet ici.

— Parfait.

— Ah, il faut prendre un ticket ? L67.

Il y a une bonne vingtaine de guichets ouverts, ça ne devrait pas être trop long. Ne voyant aucun panneau d’affichage, je m’enquiers de la procédure à suivre auprès d’une nouvelle hôtesse occupée à rayer au fur et à mesure les numéros sortant sur un petit carnet. Je lui montre mon numéro. Elle pince les lèvres et sans me regarder m’annonce entre 1 h 45 et 2 h d’attente. Je ris, la remercie, me dirige vers la porte et me dis que ce parc au bout de la rue mérite bien plus mon temps que cette aberration administrative.

Le parc Santa Lucia a cette particularité de monter jusqu’à une petite tourelle qui domine la ville. Ça tombe bien, j’adore prendre de la hauteur. La vue valait le détour. La mer d’immeubles et de gratte-ciel qui compose Santiago semble s’étendre jusqu’à la cordillère.

Je redescends de ma montagne… À pied. Je retourne au QG retrouver la smala.

Nous repartons pour Viña Del Mar où mon sac à dos manquant à été déposé à l’appartement des parents (oui un autre) ce matin. Nous passons à la réception et récupérons l’objet.

J’ai un sentiment étrange dont je n’arrive pas à identifier la provenance. Une sorte de malaise léger mais présent. Bizarre. Direction la maison pour une bonne bière et un diner bien mérité. Le ventre plein, nous retournons à la maison de Javi et je soulève le sac pour lui donner ses affaires et sortir les miennes. Je comprends d’où venait mon malaise. Le poids est différent de celui du départ. Je l’ouvre pour confirmer mon inquiétude. Mes deux chaînes de transmission ont disparues. Boule au ventre. Sensation de viol. Mes dents se serrent. Mes poings se ferment. Je contiens une violente pulsion de colère. Je lève les yeux au ciel et soupire. Je sors tout le contenu. Bilan du vol : 1 Leatherman, 2 chaines de transmission, un thermos, un kit dérive-chaine et un couteau-fourchette-cuillère offert par mon cher père, qui ne plaisante pas avec la bouffe.

Hijo de puta.

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