Retrouvailles

21/11/17 Mantagua, Chile

J’ai digéré le fait que je ne reverrai pas mon matériel. J’aurais pu faire une réclamation si j’avais déclaré tout ce que contenait mon sac avant de partir, mais ce n’est pas le cas. Passons donc à l’étape suivante car ce n’est, au final, que du matériel. Ça aurait pu être l’autre sac avec les clés de la moto…

Je lance donc une expédition ce matin à Viña avec Javi pour trouver une chaine. Il y a quelques magasins de motos et ça ne devrait pas être trop compliqué. Pour le Leatherman et le kit dérive-chaine, j’ai peu d’espoir, il faudra attendre Mendoza et les conseils de Fabi.

Effectivement, je ne mets pas longtemps à dénicher l’objet. L’effort, ici, consiste à trouver la moins chère et ce que je trouve de mieux reste quand même 50% plus cher qu’à Paris. C’est le jeu. Je n’en prends qu’une du coup. Pour ce qui est de l’installation sans dérive-chaine, je verrai sur place, je trouverai une solution.

Je passe quand même voir quelques magasins de chasse et pêche pour le Leatherman à tout hasard, pero nada ! Il n’ont que du chinois pas cher et, en bon Pilain, je ne suis pas là pour déconner avec mon couteau de survie, cachai ?

Je passe l’après-midi à jouer à tétris avec mon sac à dos auquel s’est ajouté le pneu. Je suis maintenant à 29 kg… La verdad, je ne sais pas où j’aurais pu mettre une seconde chaine et un kit dérive-chaine. Tout arrive pour une raison.

Avant notre dernier repas tous ensemble, je les invite à poser tous les trois sur le porche de leur maison pour leur faire un polaroid. Patricio, qui a quand même 74 ans, sourit à la vue de l’appareil à soufflet. Il me dit que cela lui rappelle de belles choses. Anita, à cette annonce, les yeux implorants et l’index levé, me demande 5 minutes pour se refaire une beauté. Sa coquetterie est touchante. Elle revient toute pomponnée et veut d’abord faire une photo avec son téléphone.

Du coup, Patricio aussi.

 

Et Javi.

 

À mon tour.

À l’apéro, Anita me sort quelques albums photo qui me laissent percevoir toute la beauté de sa jeunesse. Elle me dit avec un sourire malicieux qu’à 67 ans c’est plus dur de maintenir tout ça en place. Je lui souris et l’embrasse en lui disant que je la trouve magnifique mais que, de toute façon, comme le disait el Principito : l’essentiel est invisible pour les yeux.

Nous dinons dans les rires et la bonne humeur ; ils me disent encore une fois que je suis éternellement le bienvenu chez eux et que je vais leur manquer. Ils vont finir par me faire chialer…

Après moult accolades et embrassades, Anita, en bonne mère chilienne, me donne un casse-croute pour la route de demain, ainsi qu’un cadeau à l’intention de ma chère et tendre mère pour la remercier de son excellente confiture de coing. Je me permets de l’ouvrir car je ne sais pas dans quel état il sera à la fin du voyage… C’est donc une reproduction d’un cendrier de la maison de Pablo Naruda.

 

 

 

Quelle gentillesse et quelle générosité de la part de cette famille, ils reflètent vraiment le sens de l’hospitalité des chiliens.

22/11/17 Départ de Mantagua pour Mendoza, Argentina

Levé 7 h. Mon car est à 8 h 30 à Viña. Nous partons à 7 h 30 pour être large car il faut normalement 20 à 25 minutes pour y aller. Un peu d’embouteillage au rond-point de Concòn à mi chemin, une circulation pas si fluide et il est 8 h 10 quand nous arrivons à la bretelle de sortie d’autoroute qui mène à Viña. Javi se veut rassurante et me dit qu’après la sortie, le terminal est à 5 minutes. J’ai envie de la croire mais l’immobilité des voitures dans le virage me fait serrer les fesses. Il est 8 h 19 quand nous sortons de la bretelle. Une ligne droite, un rond-point, 10 blocs et nous y sommes. Mais le rond-point est congestionné… 8 h 28. Nous passons le rond-point et Javi prend une sorte de contre-allée en me disant que le car doit passer par là et que dans le pire des cas, si on le voit, elle se mettra en travers de la route pour l’arrêter. J’aime son style. 8 h 33. Nous sommes devant la sortie des bus, je descends, ouvre le coffre, prends mes sacs et pars en courant. Merde, le sac photo ! Je reviens sur mes pas et crie à Javi d’ouvrir le coffre. Je l’ai. C’est reparti. 22 quais. Je les parcours avec cette foulée déséquilibrée typique du mec à la bourre qui a sa maison et son pneu sur le dos. Je trouve finalement mon transporteur au quai 14. Le chauffeur fume tranquillement une clope en attendant que la file de passagers ait fini de charger les bagages. Classique.

Le bus est à moitié vide, je prends place à l’étage et j’aperçois Javi qui arrive à bout de souffle, scrutant l’intérieur du bus pour voir si je suis bien dedans. Je redescends pour une dernière accolade et un dernier remerciement. En route pour Mendoza.

Nous ne passons pas par Santiago, nous prenons la route plus au nord. L’ascension de la Cordillère me fait le même effet que la dernière fois, les virages en épingles font remonter le sandwich que m’a préparé Anita.

Nous arrivons au poste frontière ; je me prépare à me faire allumer par la douane avec toutes les pièces de rechange et la bouteille de Moët que j’ai prise pour Pablo. Je passe la partie administrative sans encombre pendant que les bagages sont déchargés et passés au scanner. J’arrive ensuite dans la zone de réception et je vois que mon sac a été mis sur le côté. Je m’approche et le douanier me demande si c’est le mien.

— Oui.

— Très bien, je l’ouvre.

— Oui c’est du champagne de France, je l’ai acheté à l’aéroport, tenez voici la facture.

Là, il étale une à une toutes les pièces de rechange sur la table (c’est vrai qu’il y en a pas mal…). Il me dit que l’importation de ces articles est interdite en Argentine et que je vais devoir les laisser là. Je fais mine de ne pas comprendre et lui demande de répéter dans un espagnol que je veux catastrophique. Il répète un ton plus haut et les sourcils froncés. Du coup, je lui tends un cookie avec des yeux interrogateurs. Ça le fait rire. Il regarde ce qui semble être son supérieur qui a aussi le sourire aux lèvres et qui hoche la tête en signe d’acceptation.

— Mouchasse graciasse.

Je remballe tout en prenant soin d’éviter son regard, dépose mon sac dans le coffre du car, qui n’attendait que moi pour se fermer, et file rapidement reprendre ma place à l’étage. Je contiens un sourire en attendant de sortir du hangar. Le plus dur est fait, je n’ai plus qu’à contempler le paysage devenu aride et désertique jusqu’à la fin du voyage.

Nous arrivons avec une heure et demie d’avance. Il est 15 h 30. Je passe dans une épicerie acheter du crédit pour ma puce argentine, cette fois-ci tout marche. J’envoie un message à Fabi pour lui dire que je suis arrivé. Il me dit qu’il passe me prendre vers 18 h où je serai, qu’on ira accompagner son fils à l’entrainement de BMX et que nous filerons après récupérer la moto vers 20 h chez son pote Pablo. Ça me va.

Je me lance donc à la recherche d’un Hostel, le moins cher et le plus proche possible car j’ai un peu plus de 30 kg sur le dos et il fait 34 degrés. Google trouve mon bonheur à 150 m. Je pose mes sacs dans une chambre qui sent le tabac froid et dont les draps sont plus que douteux. On s’en fout c’est pour une nuit.

Je fais un rapide repérage des environs pour planifier mes actions. Trouver un dérive-chaine, de l’huile moteur, une assurance, un thermos et du gaz pour cuisiner.

Message de Fabi. Il arrive dans 15 minutes. Je descends avec toutes mes pièces de rechange et mon pneu. J’entends mon nom de l’autre côté du carrefour, je traverse et retrouve son sourire avec grand plaisir. Nous partons pour la piste de BMX. Là, nous passons deux bonnes heures à discuter avec des amis à lui autour du traditionnel maté en attendant que son fils termine.

Histoires de motos, de voyages, de pièces détachées et de douane. Il a envoyé un message à Pablo lui demandant de sortir la batterie et de la recharger. Message retour, Pablo nous dit qu’il n’y a pas de batterie dans ma moto. Consternation. Ni l’un ni l’autre ne nous souvenons de ce qu’on a bien pu en faire. Nous repassons chez Fabi où j’avais laissé mes sacoches latérales et un sac avec mon duvet, mon matelas et… ma batterie. En route vers chez Pablo qui à déjà commencé à nettoyer et revisser la Wachita. J’arrive dans le garage et revois enfin ma fière monture. Elle est nickel, pas une trace de rouille, ni de poussière.


Je suis ému, je l’enfourche et la serre dans mes bras. Fabi et Pablo rient à gorge déployée. Ils connaissent la sensation. Ils me laissent replacer la batterie, rebrancher les câbles et insérer la clé. Je lui caresse le réservoir et lui susurre quelques mots doux avant d’appuyer sur le démarreur. Elle toussote, toussote, vibre, toussote, mais ne démarre pas. Je n’ai pas ouvert le réservoir d’essence… Deuxième essai. Elle re-toussote, vibre et laisse échapper un ronronnement de moteur qui m’emplit de joie ! 6 mois d’arrêt et seulement deux coups pour la démarrer. Je suis fier. Je la fais monter dans les tours et elle se met à fumer de partout. L’huile dont je l’ai recouverte avant de partir pour éviter la rouille, s’évapore.

Une deuxième naissance.

Je me souviens que la chaine et les pignons sont dans un piteux état. Un dernier effort ma belle pour retourner chez Fabi et je te bichonne du garde boue avant à la plaque d’immatriculation. Les 15 km du retour me serrent le ventre ; j’entends la chaine qui, de ses frottement métalliques, me supplie de m’arrêter. Elle est sur le point de dérailler à chaque instant. C’est au dernier virage qu’en rétrogradant je me rends compte qu’elle a sauté. Pobrecita.

Je la rentre dans le garage de Fabi et déballe avec empressement mes affaires pour la remettre d’aplomb. Fabi revient déjà avec tous les outils, prêt à en découdre. Mais il est bientôt 22 h et sa femme vient interrompre notre élan en nous rappelant qu’il serait peut être bon de manger. Fabi me lance un regard approbateur. Énorme steak, frites, salade et tomates. Elles connaissent leurs hommes les latinas.

Le ventre plein nous nous mettons au travail. Je sors tous les éléments en ma possession et regrette une demi-seconde d’avoir un T-shirt blanc… On attaque, meuleuse, tournevis, clés de toute sorte et pièces de rechange se lancent dans le ballet de la résurrection.

Il est 3 h. Chaine et pignons sont posés et graissés, guide chaine et protège chaine arrière neufs, vidange effectuée, feux vérifiés, filtres à huile et à air changés, liquide de frein et plaquettes au top, pression des pneus au max, carbu réglé, elle ronronne comme un chaton sous mes caresses… J’ai hâte d’être à demain. Mais je retourne tranquillement à mon hôtel de passe le cœur battant à l’idée de reprendre enfin la route.

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