Hasta la Buena Onda

26 décembre 2017, Florida, Uruguay. 

 

Le check-out est à 10 h, je me lève donc vers 8 h pour le petit déj, et file acheter de l’huile moteur à deux blocs de l’hostel. En sortant je croise le patron de la pizzeria/ciné qui vient vers moi avec un grand sourire et me tend l’addition d’hier soir. J’étais dans mes pensées et l’incident Starwars m’a fait oublier de payer… Je me confonds en excuses et le règle sur-le-champ. Moment de solitude…

10 h. Je pars vers l’est pour aller me perdre dans la campagne. Il fait encore bien chaud aujourd’hui. Déjà 30°. Je trouve un tas de petites routes à mon goût. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de route. Je me retrouve au milieu des champs sur un chemin qui rétrécit de plus en plus. Ça devient un peu sport. Mais une petite video vaut parfois mieux qu’un long discours.

 

 

Une fois la raison retrouvée, je me dirige vers Punta del Este. Je demande mon chemin au pompiste, certainement un motard vu les questions qu’il me pose. Il m’indique un chemin un peu plus long pour Punta del Este mais beaucoup plus joli à moto, me dit-il. Je pénètre dans des paysages plus vallonés, succession de petites collines qui offrent, à chaque sommet, une vue imprenable sur la suite du parcours.

 

 

J’arrive enfin sur la côte après avoir bien profité de l’intérieur. Contraste énorme. Le front de mer est bordé d’immenses immeubles modernes. Un de ces bateaux qui ressemblent à des palaces flottants est mouillé au milieu de cette baie complètement domestiquée. Je roule donc sur la Croisette uruguayenne à la recherche d’un endroit où dormir. Je m’imaginais quelque chose de plus sauvage…

 

 

 

 

 

 

Je longe la côte vers le nord dans l’espoir de trouver un camping au milieu de tout ce béton. 20 bornes plus haut, je m’arrête à une station-essence pour le wifi et trouve un endroit qui à l’air sympa. Buena onda camping. Ça me va. 15 km plus loin, j’arrive au lieu-dit. Une petite maison en bois, montée sur pilotis, sur un terrain légèrement en pente, entourée d’eucalyptus. Leandro m’accueille. Je lui demande si je peux planter ma tente. Oui, pas de soucis, je n’ai qu’à choisir l’endroit qui me convient. Après m’être installé, je vais parler avec mon hôte qui a l’air occupé à choisir des planches. Je lui demande ce qu’il va en faire. Une table. Tu m’intéresses. Je lui propose mon aide pour le lendemain. Il accepte avec plaisir.

Il m’explique qu’ici nous sommes chez Laura. Laura qui n’est pas là pour l’instant car elle travaille. Laura fait plusieurs choses. Elle a monté un business de camping, fait de la restauration évènementielle et travaille aussi comme coiffeuse pour chien. En parallèle, elle suit des cours pour être guardaparque. Laura est une bosseuse. Elle veut améliorer le service du camping en construisant une grande table commune. Leandro est un ami à elle, de la région d’Entre Rios en Argentine, venu lui prêter main forte pour le projet. Il est arrivé à vélo avec son chien Milo et sa carriole il y a 4 jours de Entre Rios (700km). J’aime bien ce qui se passe ici. Je pars acheter des vivres et de la bière pour poursuivre convenablement notre conversation. Nous nous asseyons autour du feu. Le courant passe bien. Les idées fusent. J’ai hâte d’être à demain.

 

 

 

27 décembre 2017, Balneario Buenos Aires, Maldonado

Je suis réveillé par la chaleur, il est 8 h. Leandro sort du lit aussi. Il fait un mate. Je fais un café. Nous avons déjà les yeux rivés sur les planches, tasseaux et clous qui attendent le signal du départ. Nous terminons nos boissons un marteau à la main et nous lançons dans la construction. On relève la tête vers 14 h 30 et nous avons une belle table prête à l’emploi ; restent à construire les bancs qui iront avec.

 

 

 

 

 

J’aime beaucoup l’atmosphère de cet endroit. Il y règne une espèce de pause temporelle très agréable. Le rythme y est très différent du mien. Je me cale donc sur un lever 9/10 h, déj 15 h, apéro 20/23 h, diner minuit. C’est bien aussi. Je concocte une grosse salade pour le déjeuner et je fais la connaissance de Laura. Cheveux violets, tatouages, lunettes bleues et caractère bien trempé. Elle a l’air plutôt contente de voir une table, mais se demande pourquoi je suis en train de la construire dans son jardin. Leandro lui explique que j’ai proposé mes services et qu’il les a acceptés. Elle hésite un peu et regarde la table, dubitative. Elle passe à autre chose.

Je finis ma salade et prépare un mate pour rassembler tout le monde. Nous reprenons le chantier après une petite pause digestive. J’ai encore du mal à comprendre toutes les phrases de Leandro, mais nous semblons avoir les mêmes idées aux mêmes moments ; les mots sont donc juste une validation. Nous finissons les bancs vers 20 h. Je file au mini-mercado acheter des bières et des cacahuètes. Siempre. L’initiative est grandement appréciée par mon nouveau partenaire de bricolage qui décide, du coup, de se lancer dans la fabrication de plusieurs pizzas. Par pizza, entendons une pâte avec des trucs dessus. Il me met à contribution pour une pâte à pizza à la betterave qui donnera un petit gout sucré.

 

 

C’est donc le moment épluchage. Je remarque son couteau qui semble trancher comme un rasoir et dont la lame carbone oxydée me parait de très bonne qualité. En grand amateur, je demande.

 

 

 

 

Il me dit que c’était le couteau de son père et que ça fait partie des choses importantes de la vie d’avoir un couteau qui coupe… Silence. Froncement de sourcils. Interrogation. Il semblerait que je sois en présence d’un alter ego. Je lui demande son âge. 40 ans. Ben voyons. Et tu es né le ? 27 mai 1977 (nous avons donc une semaine d’écart et c’est, en plus, l’anniversaire de ma chère et tendre mère). Voilà, voilà. Manquerait plus qu’il me sorte un sachet de beuh et me demande de rouler. « My friend (c’est mon nom officiel), ¿Te gustas poro? » (Mon ami, ça te dit de fumer un zdooby ?). Oh putain ! C’est déconcertant. Mais j’acquiesce en songeant aux rencontres improbables que m’offre la vie. J’apprends aussi que la marijuana est légale en Uruguay. Ça fait plaisir.

Laura se joint à nous pour cuisiner ; elle regarde les bancs du coin de l’œil et demande à Leandro :

¿Están terminados los bancos? (les bancs sont finis ?)

Si. (yep)

Petit signe de tête et moue approbatrice.

Je m’informe :

¿Te gusta a ti?  (ça te plait ?)

Elle confirme, ça lui plait. J’en profite :

— Ce serait peut-être intéressant d’avoir un endroit où les campeurs pourraient cuisiner et boire dans l’espace aménagé entre les pilotis sous la maison. ¿No?

Ses yeux brillent. Je me tourne vers Leandro qui a déjà le sourire aux lèvres.

Demain, bar.

Nous dégustons nos pizzas caseras autour du feu. Délicieuses. Laura se détend un peu et commence à m’expliquer le projet. Eco-Camping avec petite épicerie, toilettes sèches, etc. Je lui dis que je trouve l’endroit superbe, l’idée viable et que, pour le temps que je passerai ici, je suis prêt à lui offrir mes idées et mon aide. Elle sourit. Abrazo.

Je poursuis la conversation avec Leandro sur la forme et l’emplacement du futur bar. J’ai bien envie de m’inspirer de celui de la rue Saint-Claude. Du coup, repus, un poil bourrés et clairement fumés, nous allons fouiller le tas de bois à la lueur de nos lampes frontales en imaginant le meuble au fur et à mesure et en griffonnant sur mon cahier. Vers 2 h du matin, on se dit que ce fût une bonne journée et que le lit est bien mérité.

 

28 décembre 2017, Balneario Buenos Aires, Maldonado, Uruguay

 

Café. Mate. Crakers. Dulce de leche. Café. Clope. Café. Café (oui, en fait on était bien rôtis hier…). Je commence à dégager l’espace cuisine sous la maison et pose les bases de la structure pendant que Leandro sort les outils. La journée passe en un clin d’œil. Nous posons la dernière planche du bar vers 16 h 30 sans avoir déjeuné. Le mate fait des exploits dans ce genre de situation.

Santi(ago) nous a rejoint. Il est aussi volontaire ici avec un autre mec qui s’appelle Pablo et qui vit à côté. Santi est merveilleux d’indifférence. Timidité ou snobisme, ça me prendra un peu de temps pour comprendre que Santi est en fait très timide et gay. Il me parle sans me regarder, ou seulement d’un coup d’œil hésitant. J’essaye au maximum de comprendre ce qu’il dit, mais il parle un argot que Leandro essaye tant bien que mal de me traduire. Pablo se joint au cercle. Il a l’air bien arraché. Beaucoup plus désinhibé que Santi, il me pose tout un tas de questions mais je ne comprends rien quand il parle. Il a alors ce réflexe, assez commun et un peu mystérieux à mes yeux, de parler plus fort, espérant que je comprenne mieux. Non, je ne comprends pas mieux, boludo (alors le boludo argentin est employé à toutes les sauces en fin de phrase, il peut vouloir dire : mec, meuf, bouffon, crétin, idiot, ma gueule, teubé, couillon, mortecouille, dude, etc. Toujours avec un fond d’affection ; l’équivalent du “con” toulousain). Ça ne le dérange pas, il continue à parler. Il est drôle, du moins son langage corporel et les réactions qu’il provoque en donnent l’impression. J’ai donc fait connaissance de la troupe au complet. J’aime bien ce groupe, ils ont une bonne aura. Ça me donne envie de passer un peu temps ici.

Je pars à moto faire un petit repérage des environs. Je fais vite le tour, c’est un petit village. Les rues sont numérotées comme aux États-Unis et forment un quadrillage régulier parsemé d’eucalyptus. L’unique mini-mercado du coin est le carrefour des rencontres. Les gens s’y croisent, se reconnaissent et passent du temps à y discuter.

 

 

 

 

 

Je rentre et écris un peu avant d’être convié de toute urgence à la bière autour du feu. Le feu est fédérateur, hypnotique et convivial. C’est toujours un endroit qui rassemble et invite à l’échange. Du coup, je me dis qu’avec des bancs autour, ce serait encore plus sympa. Je garde l’idée dans un coin de ma tête et lève mon verre à la buena onda. Leandro ouvre le sujet du bar. Tout ça nous mène jusqu’à 2 h du matin.

29 décembre 2017

Lever 10 h. Je prends un café et :

 

 

Vers 16 h 30 nous plantons le dernier clou. Nous sommes très contents. Très, très contents. Nous nous félicitons et décidons de partager cette joie en étrennant notre magnifique création autour d’une cervoise bien fraîche et d’une salade de riz. Santi se joint à nous. Je m’aperçois en le regardant manger que j’ai trouvé mon maitre en gloutonnerie ; j’en suis encore à la moitié de mon assiette qu’il a déjà fini la sienne (pour ceux qui me connaissent un peu, j’ai souvent la première assiette vide. Souvent.). Je m’aperçois aussi, au mouvement rapide de son genou, qu’il a l’air tendu, ou anxieux. Bref. Je continue de discuter avec Leandro de ce qu’il serait intéressant de construire pour la maison et le camping. Il est très réceptif, toujours enclin à pousser une idée plus loin, à poser les bonnes questions pour améliorer les choses. Bon sens et humilité, toujours positif, il a ce don de mettre le meilleur en lumière chez ses interlocuteurs. Un plaisir de partager avec lui.

Demain j’essaye de voir pourquoi la Méhari ne démarre plus.

 

3 thoughts on “Hasta la Buena Onda

  1. Je n’ai jamais pris le temps d’aller sur ton blog. Nous nous sommes rencontrés dans ce camping et je découvre un super blog. Tu me régales. Ca m’émeut presque de retrouver ce que l’Amérique du sud m’a procuré ! En espérant que tout roule pour toi !! Bises

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