Terre, sel et sable

24 février 2018, de vuelta a Santiago, Chile

Je pars ce matin d’Humahuaca, direction Grandes Salinas, un désert de sel à quelques heures au sud-ouest. De là je rejoindrai la frontière chilienne par le Paso Jama, le passage le plus haut entre les deux pays. 

La route montagneuse est agréable et, après presque trois semaines de sédentarisation, il est bon de reprendre la moto. Je passe par des cols où les nuages règnent en maitres, occultant une vue certainement imprenable comme semblent l’indiquer les panneaux.

 

 

Grandes Salinas en vue. Une immense étendue blanche et aveuglante se présente en contrebas.

J’arrive à l’entrée.

Sur le côté de la route, les étalages pour touristes se succèdent. Statuettes en sel, porte-clés en sel, étalages en sel, tout comme les cabanes et le sol. Un monde de sel !

 

 

 

 

Mais moi, ce qui m’intéresse c’est comment accéder au désert.

La route d’asphalte qui le traverse est surélevée de plusieurs mètres et le terre-plein sur les côtés est trop instable et abrupt pour descendre là. 

Je repère une entrée à l’écart des échoppes, mais elle est fermée par une barrière cadenassée… On ne va pas s’arrêter à ce détail. Avec assez de vitesse et en grimpant un peu sur le talus à côté de la barrière, ça passe. Je suis entré. Une fine couche d’eau recouvre la croûte de sel. J’avance. J’ai l’impression de rouler sur des cookies.

 

 

Je m’enfonce sur ce grand miroir. C’est déroutant. Je n’ai jamais rien vu de tel. 

 

 

 

Après avoir fait mumuse avec mes appareils, je me rapproche de ce qui semble être un petit (tout petit, 4 ou 5 maisons) hameau de sel. Je suis fasciné par l’adaptabilité des hommes. Ils arrivent toujours à trouver un moyen de survivre même dans les conditions les plus extrêmes. 

 

 

Après quelques moments de contemplation, en route pour le Paso Jama. Je sens que je m’élève de plus en plus. J’ai le souffle court tout comme ma monture. J’arrive à la frontière. Je demande à l’officier en poste combien de temps il faut pour rejoindre San Pedro de Atacama. Il m’annonce 150 bornes, soit environ 2 heures, mais me met en garde contre le froid et l’altitude ; je vais passer à 4600 m. En même temps, je ne vais pas rebrousser chemin maintenant. Le paysage est exceptionnel. Lunaire. De grands lacs aux eaux d’un vert acide bordent la route à ma gauche. Je m’arrête à un mirador pour admirer. 

 

 

À 4500 m, il commence à faire vraiment froid, les gants d’hiver et le pantalon de pluie n’y changent absolument rien. J’ai la sensation que mes ongles se décollent et que mon nez va tomber d’un instant à l’autre. J’arrive péniblement à ce qui semble être le sommet de cet interminable plateau. Là, je m’émerveille devant un lac d’un bleu profond. 

 

 

Plus loin, je tombe sur d’immenses monolithes sculptés par les vents andins.

 

 

Il me semble mettre une éternité à traverser ce paysage désertique, les cols se succèdent sans offrir aucun signe de vie ; coincé entre la douleur et la beauté je passe en automatique. Le plaisant supplice se poursuit encore une bonne heure avant que j’aperçoive la vallée. La descente commence. Je vois San Pedro au loin, très loin, qui me tend les bras. Je pense à n’importe quoi de chaud, un lit, un barbecue, un sauna, un excès de vitesse… Je m’arrête quand même à mi-chemin, subjugué par le volcan à ma droite. Le Licancabour culmine à 5900 m. Tu m’étonnes qu’il y a de la neige… 

 

 

 

 

 

 

 

J’arrive enfin à destination. Il fait bien plus chaud. San Pedro est une ville à moitié recouverte de sable. Murs ocres et maisons basses. Il fait quasiment nuit quand j’arrive et il y a beaucoup de monde. J’ai quelques difficultés à trouver un endroit où dormir. Tout est plein. Finalement, à force de tourner, je trouve une dame assez aimable pour me laisser dormir dans une chambre d’employé de l’hôtel. Quatre murs sans fenêtre, un lit, une porte et une prise. C’est parfait. Je ne prends même pas le temps d’une douche. Je me glisse sous les draps et je m’endors. 

25 février 2018, San Pedro de Atacama. 

D’après les dires de ma chère Javi, les alentours de San Pedro sont le paradis des motos. Délestés de mes bagages, je suis fin prêt pour une petite excursion sur les chemins sablonneux. Après m’être un peu renseigné, je pars vers Catarpe, une gorge au nord-ouest de la ville. Quel bonheur de conduire sans bagages, la moto tourne comme une horloge et avale les chemins de sable comme si c’était de l’asphalte. Une fois dans les gorges, j’y vais un peu au pifomètre. Je prends un chemin sur ma gauche qui semble monter sur le flanc de la falaise de sable. Tout ce que j’aime, des bosses des virages et une surprise au bout. 

 

 

 

 

Je tente.

 

 

De l’autre côté, d’autres gorges, moins hautes et plus vicieuses car elles proposent de nombreuses fourches. Facile de se perdre. Je réalise ça après une bonne demi-heure de “ride” hypnotisante… Je fais demi-tour. Je me plante. Je suis perdu. J’essaye de me repérer avec la plus haute falaise par laquelle je suis arrivé, mais les gorges me bloquent la vue. Donc j’y vais, grosso modo, au soleil. J’arrive à revenir pas trop de loin de la sortie du tunnel mais un mur de pierres me barre la route. Je repars en essayant de retrouver le bon chemin. Cette fois, j’y suis. Le tunnel en sens inverse. Me revoici dans les gorges d’où je suis parti. Je suis le chemin jusqu’au bout cette fois pour arriver à une petite église. La Iglesia de San Isidro. Bon. Je prends ma photo et je me casse. 

 

 

Sur le chemin du retour je me rappelle qu’il y a aussi La Garganta del Diablo à voir. Je demande mon chemin et je trouve l’entrée. J’ai l’impression d’être Indiana Jones. Le chemin étroit s’enfonce à travers les falaises de sable rouge. Je rencontre beaucoup de rochers en travers du chemin, mais l’atmosphère est envoutante. Bout du chemin. La moto ne passe plus mais je continue à pied. Je serpente dans ce labyrinthe lorsque, tout à coup, l’envie d’une vue plongeante sur ces gorges me prend. Grimpons. C’est la fin d’après-midi et le soleil abandonne petit à petit le fond des gorges projetant les silhouettes des cimes sur les falaises irrégulières.   

 

 

 

 

 

 

 

Je repars comme je suis venu. Heureux.

Le soir je vais me balader un peu dans les rues ensablées. Il y a beaucoup de touristes qui déambulent dans la rue principale qui est piétonne. C’est  en fait la seule rue où il se passe quelque chose.

 

 

Après avoir fait deux allers-retours, la fatigue s’empare de moi et je rentre dans ma cellule pour une bonne nuit.

 

26 février 2018

Petit déjeuner dans le restaurant d’en face. Fruits, céréales, yaourt, café. Je me réveille doucement en appréciant la fraicheur des fruits fraichement coupés ; lorsque je vois passer un jeune avec un snowboard sous le bras. Pause. Incrédulité. Gorgée de café. Pause. Les dunes bien sûr. 

 

 

Le ventre plein, je traverse la rue et vois un motard se garer. Il semble local. Je l’aborde et lu demande si il a des conseils sur les bons coins alentours pour ravir ma moto. Il me conseille La Valle de la luna au sud-ouest. J’ai donc ma destination du jour. L’endroit est gigantesque et les cars de touristes sont aussi bien présents. Je m’éloigne des sentiers trop fréquentés et tombe sur un panneau délabré indiquant une mine. Le chemin à l’air bossu et couvert de cristaux blancs qui s’apparentent à du sel. Parfait. Vraiment pleine de bosses cette route ! Après une vingtaine de minutes, j’arrive à la mine. Quelques ruines de baraquements entourent un immense trou. Je décide de descendre. 

 

 

 

 

 

 

Voilà. C’était l’instant mine. Je reviens vers les sentiers plus fréquentés. Je m’arrête au pied d’une immense dune. J’entre dans la file des personnes qui se pressent jusqu’au sommet. La vue est grandiose et offre un panoramique sur toute la vallée. Je m’extasie un moment et reviens passer ma dernière soirée à San Pedro. 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27 février 2018, désert d’Atacama

J’attaque la traversée du désert d’Atacama pour rejoindre Mantagua où je retrouverai Javi. 1500 km de sable et de vent. Le paysage reste le même les premiers 1000 km. Des dunes à perte de vue, des champs d’éoliennes, des usines donnant des airs de Mad Max à cette route sans fin, une station essence de temps en temps et la lumière aveuglante du soleil sur le sable. Je suis un peu anxieux pour l’essence car mon compteur ne fonctionnant toujours pas je ne sais pas combien de kilomètres je parcours entre chaque plein.

 

 

 

 

J’arrive à rejoindre la côte en fin de journée. L’air s’est rafraîchit, c’est agréable. Je me pose dans un petit hostel.

 

 

28 février 2018, sur la route vers Mantagua

Je continue de descendre vers le sud le long de la côte puis dans les terres. Cette partie de la route 5 qui rejoint Santiago est un peu monotone et ne présente pas grand intérêt. J’avale les kilomètres en mode automatique et commence déjà à réfléchir à un moyen de laisser ma moto au Chili pour m’éviter d’avoir à faire un aller-retour à Mendoza. 

Du 1er mars 2018 au départ

J’arrive enfin à Mantagua où je retrouve la famille de Javi. Son père, Patricio, m’aide à démêler les possibilités pour laisser la moto au Chili, mais après moult coups de fil et rendez-vous en ville, il apparait que je ne pourrai pas avoir de dérogation pour une extension de visa pour la moto. Je vais donc devoir me faire l’aller-retour à Mendoza.

Je remets la moto d’aplomb avant de la laisser une nouvelle fois pour l’hiver. Je lui offre un nouveau look.

 

 

L’ami Pablo à Mendoza offre une fois de plus une place au chaud dans son garage à la Wachita.

Nous sommes le 13 mars, le second tour est fini, je pars retrouver le printemps à Paris.

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