Che ! Buenos Aires

Du 3 au 23 décembre 2017, Buenos Aires, Argentine

J’aurais aimé en écrire des tartines sur les habitants, le rythme, le climat, l’architecture, la bouffe, la nuit, le tango, la politique, l’histoire. Mais ce serait très subjectif et peu instructif vu mes connaissances. Je vais donc résumer à travers les tartines qui ont compté pour moi et qui m’ont séduit. Pour le reste, si vous êtes intéressé, j’ai découvert un blog très complet sur la ville ici.

La Casa Grande

Pasco 460, Balvanera, Buenos Aires, Argentina. C’est à cette adresse que je réside pendant mon séjour dans la capitale fédérale. Ce vieil immeuble, construit au milieu du XIXe siècle, était à l’origine une maison close. Elle fut fermée suite à la construction, en face, de la Basilique Santa Rosa de Lima à la fin des années 1930. Eh oui, ça la foutait mal d’avoir les tapins derrière l’église, même si, à l’époque, c’était l’endroit fréquenté après la messe et un lieu propice à recueillir les âmes égarées…

 

 

L’immeuble est composé de deux parties. La Casa Azul, et la Casa Grande. Le tout sur deux étages — le toit étant, vu son utilisation, compté comme un étage à part entière. Escaliers de marbre fissurés, rampes en chêne grinçantes, creusées par des décennies de caresses. Au sol, faïence usée et béton brut se côtoient pour endurer la déambulation de toutes ces générations. La chambre où j’atterri, elle, a droit à du parquet ; il est irrégulier, avec des clous sortants (ça surprend la première fois qu’on marche pieds nus) et des interstices remplis de cette épaisse poussière dont seul un siècle de vie a le secret. Les fenêtres sont hautes, les plafonds démesurés, les peintures sur les murs évoquent l’âme et les cicatrices d’une vie tumultueuse comme ces vieux visages dont les rides racontent l’histoire. Elle est parfaite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les résidents sont pour la plupart des étudiants, profitant d’un stage ou d’une dernière année pour venir gouter aux charmes de la ville. L’avantage de cohabiter avec des étudiants, c’est qu’ils ont tous les bons plans économiques. Et ça, on aime bien. J’accroche vite avec Hortense, Jonas, Alice, Gaby et Andreas. Trois françaises et deux allemands. 

Hortense est coquette, bavarde, curieuse et altruiste, c’est un peu le rayon de soleil de la coloc ; Alice est déterminée, joueuse et sera ma partenaire de tango ; Andreas est fan de foot, anarchiste et brillant au hula-hoop ; Gaby, la ch’timi, est guide à Buenos Aires et fin cordon-bleu ; enfin, Jonas est le ladiesman aux yeux azur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis rapidement briefé sur tout ce que j’ai besoin de savoir. La carte SUBE (équivalent du Navigo) pour les transports, la Parilla (sorte de grill populaire où l’on commande sa viande grillée servie dans un sandwich, un peu comme nos kebabs, mais en mieux, beaucoup mieux…) avec les meilleurs choripanes (sandwichs avec une saucisse et ses aromates) et le meilleur chimichurri (condiment utilisé en Argentine et Uruguay à base de persil haché finement, ail haché, huile végétale, vinaigre, et flocons de piment rouge, auxquels on ajoute divers aromates tels que paprika, origan, cumin, thym, coriandre, citron ou laurier, oui c’est long le chimichurri…). C’est souvent l’endroit où j’atterri quand la flemme de faire à bouffer est trop forte. On me met aussi en garde contre le vol. Les résidents se sont déjà tous fait dépouiller au moins une fois. Le bon sens est donc de rigueur sans tomber pour autant dans la paranoïa. Infos enregistrées, il n’y plus qu’à explorer.

Je passe ma première soirée avec Alice. Elle a accepté de m’accompagner à un concert de percussions qui m’a été recommandé à plusieurs reprises. Le lieu s’appelle le Konex, hangar à ciel ouvert un peu industriel qui se prête parfaitement aux concerts. 

Elle me propose d’y aller à vélo, il y en a plusieurs en bas. L’idée me plait. Nous partons donc vers l’ouest de la ville, en prenant soin d’emporter une bouteille de Fernet-Coca. Le Fernet, c’est la boisson nationale après le vin et la bière. Composée de gentiane, de rhubarbe, d’aloès, de camomille, de rue, d’angélique et de safran, rien que ça, la boisson est arrivée d’Italie avec les premiers immigrés. Goût amer et médicamenteux, en général autour des 40°, pas très bon mais ça fait le job.

 

 

Je remarque que Mademoiselle tente des choses un peu fofolles avec son vélo au niveau du timing entre les feux mais je laisse faire et trouve mon rythme dans les rues fourmillantes et rectilignes de la capitale. Arrivés à l’entrée, les sacs sont controlés, donc nous sirotons tranquillement notre bouteille dans un recoin en faisant connaissance. Nous entrons et je découvre l’endroit, sourire aux lèvres. Alice m’explique que l’orchestre est composé de 22 percussionnistes. J’ai hâte. Nous prenons une bière et nous faufilons à travers la foule qui commence à s’amasser vers les premiers rangs. Les artistes entrent en scène, tous en combinaison orange comme des prisonniers, ils sont face à nous sauf un qui a le dos tourné et qui fera office de chef d’orchestre. Une main en l’air et bim ! C’est parti. Deux heures de percu enivrante à sentir ma tête emportée par le tempo et mes oreilles s’abandonner aux rythmes envoutants des instruments. Sublime moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le retour à vélo est plus osé que l’aller. Avec des changements de directions approximatifs et souvent de dernière seconde, Alice a pris la première place et dirige le jeu. Virages tardifs, contresens imprévus, frôlements de bus et feux plus que mûrs. J’aime bien son style. Nous arrivons en vie à la Parilla. C’est le moment idéal pour découvrir cet endroit qui deviendra une précieuse cantine pendant mon séjour ici. Je goute enfin le “choripan” dont j’ai tant entendu chanter les louanges. Un délice.

 

 

Les 200 derniers mètres qui nous séparent de la maison sont en sens interdit terminé par un virage où les voitures arrivent assez vite. Confiante et téméraire, notre Alice nationale s’engouffre dans l’interdit. Sublime remontée jusqu’au virage et là, une voiture qui arrive un peu vite coince Alice entre sa portière et le trottoir. Monsieur n’est pas content, plus soucieux d’une rayure sur sa voiture que d’une éventuelle blessure de la belle. Ça monte dans les tours ; Alice ne se démonte pas, remet le conducteur à sa place et continue sa route.

Le ton du séjour est donné.

Le briefing des résidents de Pasco conjugué à la mine d’informations que détient Marie, me font penser que je suis entre de bonnes mains. Marie ? Marie est française et guide à Buenos Aires depuis 2 ans. Je l’ai rencontrée à El Bolson en Argentine l’année dernière dans une auberge. Grande gueule à la générosité sans bornes et au regard malicieux, elle m’offre dès mon arrivée une petite visite des quartiers qu’elle affectionne. Elle m’offrira aussi mon premier tango dans ce magnifique lieu qu’est La Catedral club social y cultural.

Nous commençons par San Telmo.

• San Telmo

Quartier populaire en pleine « hipsterisation », les petites rues qui quadrillent ce bario offrent un bon aperçu de ce qu’a pu être Buenos Aires à ses débuts. Je me disais, en déambulant dans ces rues, que les capitales sont de formidables machines à voyager dans le temps. Les maisons des riches marchands de la fin du XIXe siècle sont encore reines malgré les décennies. Ateliers d’artistes, petits bars, puces, restaurants, vieille architecture, des trésors pour qui sait poser ses yeux sans oublier de les lever.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Très bon article “ici” pour approfondir l’histoire du quartier. Le dimanche, le marché aux puces, qui s’étend sur toute la longueur de la calle Defensa, attire toute la ville.

 

 

 

 

La Plaza Dorrego est la scène où se produisent les danseurs de tango, offrant aux touristes un spectacle permanent, comme les peintres de mon village place du Tertre.

 

 

Le marché couvert de San Telmo est aussi une sublime structure qui, jadis, servait de halles aux porteños (gentilé des habitants de Buenos Aires et non pas “buenos aériens” comme on aurait tendance à le vouloir…).

 

 

• La Boca

Le quartier pauvre et historique de la ville. C’est là que les conventillos (maisons en tôles qui accueillaient les familles d’immigrés) ont vu le jour, ainsi que le fameux stade de football du club de la Boca juniors, une des équipes les plus titrées d’Argentine, La Bombonera (je ne suis pas un footeux, mais là on parle histoire quand même).

Les peintures murales dans les rues sont de vraies œuvres d’art. Malheureusement, ce quartier est aussi connu pour une certaine insécurité. Les objets et tenues trop ostentatoires provoquent fréquemment des “dépouilles”. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

• Tango et Milonga

Capitale mondiale de la discipline, Buenos Aires m’a vraiment harponné sur le tango. Dès le premier cours, dans une des plus belles milongas (lieu de réunion pour danser le tango), j’ai tout de suite accroché. Le rythme, les accélérations, l’élégance, la passion qui s’en dégage, le rôle de chacun, la sensualité et la violence qui se côtoient… Tout ce qu’il faut pour m’envouter. Je me suis donc lancé dans l’aventure de cet apprentissage. Quelle merveille. Apprendre à marcher, à diriger sa partenaire du bout des doigts, fermer les yeux et se laisser emporter par le son du bandoneón…

De milongas en milongas le public diffère. Touristes d’un soir, touristes de plusieurs soirs, vieux couples argentins revivant leur jeunesse à chaque danse, jeunes curieux, il n’y a aucune ségrégation. Le site hoy-milonga.com offre un bon éventail de choix sûrs où aller danser.

Alice, qui cherchait un cavalier pour se lancer dans les cours de tango, devient ma partenaire. Nous allons écumer plusieurs milongas, avec une tendance à revenir à la Catedral car la magie de l’endroit ajoute à la sensualité de la danse. Parquet grinçant, murs délabrés, immense portrait de Carlos Gardel (père du tango argentin) surplombant la scène, cette ancienne grange construite aux alentours de 1880 en pleine révolution industrielle, est un monument à la gloire du tango.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai eu la chance, grâce à Marie une fois de plus, d’assister à un spectacle de Tango dans ce lieu mythique qu’est El Viejo Almacen. Les plus grands noms du tango ont dansé dans cette salle. Orchestre in vivo, atmosphère intimiste, murs chargés d’histoire et les meilleurs tangueros de Buenos Aires qui se succèdent devant mes yeux écarquillés. Deux heures d’émotions pures.

 

 

Le reste du séjour m’a beaucoup vu flâner dans les rues de la ville qui se prêtent naturellement au jeu de la déambulation et à ma coutume de me perdre pour découvrir une ville. Je me lance dans des quêtes sur les points d’intérêts dont j’entends parler.

Un tatouage. Une galerie à trois étages nommée Bond Street, rassemble les studios de tatouages, les mille et un bijoux de piercing, les articles pour fumeurs. Les Galeries Lafayette du vice. Magique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

El Ateneo, un vieux théâtre du début du XXe siècle qui s’appelait le Grand Splendid devient dans les années 2000 une immense librairie classée parmi les plus belles du monde.

 

 

 

 

Le cimetière de Recoleta, où j’ai donné un cours de photo, est aussi un incontournable. Littéralement cerné d’immeubles, c’est un superbe endroit de flânerie où l’on peut découvrir des panthéons familiaux exceptionnels, des statues de tous les styles, et les sépultures de personnages marquants de l’histoire argentine dont celle de María Eva Duarte de Perón (Evita). 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis les nuits… Quand elles ne se passent pas sur le toit de la maison à boire, cuisiner, danser, discuter et faire des barbecues, elles nous emmènent dans les concerts (Afro Mama au Makena, La Grande au Santos 4040…), dans la rue, dans les cafés, là où il y a une vie débordante. Tout le temps. Partout.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les matins, journées et soirées sur le toit de la Casa grande tiennent une place particulière dans la vie des résidents. La diversité des personnes venues de tous bords et de tous pays rend l’endroit parfaitement propice à la mixité et aux rencontres. C’est là que la vie s’exprime. Les soirées cuisine, les fêtes, les matins difficiles… De plus, le dôme de la basilique devant la terrasse ajoute une touche intemporelle et spirituelle à ce lieu. Bref, quand je suis à la Casa, j’y passe tout mon temps. 

Buenos Aires est une ville aux mille surprises pour qui veux se laisser surprendre.

 

2 thoughts on “Che ! Buenos Aires

  1. Un bel article écrit de la plume d’une personne qui a su regarder, sentir, et se laisser aller dans le tourbillon coloré de cette ville que j’affectionne particulièrement ! Joli!
    PS: merci pour la description

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